Conversation à huis clos

Conversation à huis clos


Pour la première fois de sa vie, les mots lui manquent. Il la regarde les yeux ronds, se sentant ridiculement trop grand dans cette pièce trop étroite. Ça aussi, c’est nouveau pour lui. Jamais sa taille ne lui a posé problème. Mais aujourd’hui, ce soir, dans cette chambre aux volets clos, il ne sait plus où se mettre. Impossible de faire un pas. Il casserait tout. Impossible de la prendre dans ses bras. Il craint trop de ne plus contrôler sa force. Alors il se tait et regarde tout autour de lui. Tout, sauf elle, évidemment. S’il la regarde encore, il ne donne pas cher de lui-même, d’eux-mêmes. Il ne répondrait plus de rien.

— Tu ne dis rien, entend-il.

Oh douce torture. Mille mots se chamaillent en lui, se poussant les uns les autres, luttant pour pouvoir s’échapper. Mais non. Il n’ose pas. Tout est trop intense. Cette lumière tamisée, ce parfum capiteux, s’élevant des innombrables pétales éparpillés sur le sol. Cette musique aussi, douce, invitant à danser. Et enfin, les quelques mots brodés en lettres écarlates sur les taies d’oreiller, formant cette question qui jusqu’alors avait à peine osé franchir ses lèvres.

“Veux-tu m’épouser ?”

Owen sent un vertige le terrasser. Un trop-plein d’émotions le submerge. Il ignore comment composer avec chacune d’elles. Tant de joie, d’euphorie, d’attente dans cette simple phrase. Mais que de peur aussi. Parviendra-t-il à être à la hauteur, à être ce mari dont elle rêve ? Son oui est tout proche. Il le sent prendre du volume, prêt à éclater à l’air libre. Mais pourtant, il est encore là, à vaciller sur ses deux pieds, à cligner des yeux et à refermer d’un coup sa mâchoire grande ouverte. Le voilà ce moment tant attendu, tant espéré. Le voilà bien tangible dans l’écho des aiguilles de l’horloge murale. Il sent son propre cœur suivre leur rythme, son sang le gonfler et le dilater davantage. Tout en lui semble tripler de taille. Il ne tiendra plus longtemps. Tout menace d’exploser. Il se sent sombrer.

Alors, dans un dernier sursaut de lucidité, n’y tenant plus et en envoyant valser toute prudence, il daigne enfin plonger son regard dans le sien. Et d’un seul pas, un seul, comme si des ailes le soulevaient, il l’arrache au sol et l’embrasse sans retenue. “Oui”, répond-il enfin. “Oui et encore oui !” C’est décidé, jamais plus il ne la lâchera. Leurs destins sont désormais scellés. À l’extérieur de leur petite maison, tout tremble. Un orage éclate. Un arbre tombe. Une sirène résonne au loin. On aurait dit un temps de fin du monde. Mais là, dans cette minuscule chambre surchargée de l’odeur de roses, l’amour avec un grand A s’envole, plus que satisfait du devoir accompli, laissant ses deux amants attendris profiter de la chaleur de leur passion mutuelle. “Je t’aime”, les entend-il se murmurer à l’oreille l’un de l’autre avant de se confondre dans l’obscurité de la nuit.

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