L'inventaire des rêves

L'inventaire des rêves


Tous les soirs, c’est la même galère : trouver le rêve adéquat. Il y a des soirs où j’ai envie de douceurs. D’autres d’aventure, de prospection. Un peu de suspens aussi. Des rêves légèrement saupoudrés d’horreur, de mystère, d’étrange. J’en ai pour toutes les occasions, les petites, comme les grandes. Une sacrée collection. Tellement imposante que je me retrouve comme ce soir à regarder, effarée, la quantité de fioles multicolores qui peuplent mes étagères. Il y en a trop. Je ne sais pas laquelle choisir. Je suis d’humeur hésitante, indécise. Presque dans l’attente d’un événement important. Je me croirais au bord de la falaise, attendant qu’une vague m’emporte au loin. Ou un séisme fracturant la terre et m’attirant vers le centre de toute chose.

Bon. Il est grand temps de me décider. Il fait déjà nuit. Après une rapide discussion avec moi-même, je décide de me lancer un petit défi. Histoire d’alimenter le hasard. Je dessine sur le sol une marelle, composée de plusieurs couleurs. Je ferme les yeux. Je compte jusqu’à cinq et j’avance. Je m’arrête. Je regarde mes pieds. La couleur est rouge. Couleur de la guerre, de la révolution, des libertés gagnées dans les sacrifices. C’est un rêve chaotique qu’invite cette couleur-là. Je pourrais rejouer mais ce serait tricher.

D’un pas lourd, j’ouvre mes placards, déplace quelques bouteilles et m’empare de ladite fiole. Pour éviter que je ne change d’avis, je ferme les yeux et avale son contenu d’une traite. Je sombre alors dans le néant, comme je plongerais dans la mer, mon corps abandonné aux flots, surfant sur des courants inconnus à peine persceptibles. Mais ce n’est que temporaire. Cela n’est que le début. Le rêve n’a pas encore commencé. Et soudain, tel le vent violent qui emporte tout, ou le boomerang qui accroche tout sur son passage, me voilà traversée d’une onde puissante. Ça y est !

Je rêve.

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