Tout ce qui nous reste c'est l'eau.
Je me noie déjà. J’ai tellement chaud. Le soleil frappe intensément sur mes volets clos. Il insiste. Il veut rentrer. Pour tout brûler, mettre à sec. Mais je résiste. En suant. C’est une véritable torture. Je dois me concentrer pour ne pas paniquer. Pour continuer à inspirer et expirer. Mon pouls bat trop vite. J’ai mal à la tête mais pourtant je tiens.
Ma sueur m’inonde, glisse sur ma peau brûlante. Je ne bouge pas. L’immobilité est un autre de mes supplices. Toutefois je persévère. Il le faut. J’observe chaque goutte tomber. Mes chiffons éparpillés sont là pour les absorber. Mes gouttes. Ces petits bouts de moi. L’eau est devenue une denrée rare. Néanmoins je persiste à vouloir les préserver, les maintenir, les faire grandir.
Une plante, ça a besoin de beaucoup d’eau. Surtout quand il fait aussi chaud. Or, l’eau, je n’en ai presque plus. Il n’y a que moi et la sueur. Alors je sue, je récolte mes gouttes et j’en fais ce liquide nutritif tant prisé par mes petits compagnons verts. Des arbres. Encore trop petits. Pas assez robustes pour que je les plante ailleurs que dans mon vétuste appartement.
De ça aussi on en manque. De vert. De parfum. D’arbres. Dehors, il n’y a que le gris des murs, le noir des câbles et ce jaune aveuglant d’un soleil trop fort. Mais il ne m’aura pas. Pas aujourd’hui. Ni eux. Mon espoir. Mon rêve d’un avenir meilleur. Alors je prends sur moi. Je souffle. J’expire et j’inspire dans cette chaleur suffocante, atroce. Et je sue.
En dessous de la plante de mes pieds, c’est mouillé. Cela me rassure et me redonne du courage. Mais j’ai tellement soif et chaud. Je regarde mon cadran. Deux heures que je suis là à me torturer. Mon record. Je suis fière de moi. Je peux me relâcher.
Je ramasse tous mes chiffons, les essore à en avoir des crampes aux doigts. Ma bassine est à peine remplie. Cela ne va pas du tout. Je manque d’eau. J’ai soif. Mes petits arbres aussi. Que vais-je bien pouvoir faire ? De jour en jour le niveau de liquide diminue. Je suis désemparée. Devrais-je trouver un nouveau convertisseur de liquide, de mon sang cette fois ? Jusqu’où serais-je prête à aller afin de réaliser ce rêve qui me tient à coeur ? J’ai peur. De moi-même et de ce monde qui part en vrille. La bassine toujours en main, j’ai envie de hurler. De pleurer. Mais cela fait longtemps que les larmes ne coulent plus.
Je secoue la tête après un dernier soupir et enclenche la machine. La dernière en date. Je suis plutôt fière de ce prototype. Il est rapide, silencieux. Il ne requiert que peu d’énergie. Uniquement du sel. De ça, on n’en manque pas. Il est partout. Dans le sable au dehors. Dans la poussière sur mes murs. Dans ma sueur. C’est étrange de se dire qu’en échange de sel, je peux obtenir de l’eau. Cette denrée devenue si rare.
Voilà. C’est fait. L’eau est déjà prête. J’en bois le strict minimum. Et le reste, je le verse dans mes petites coupelles. Mes arbres se portent bien. Mieux que moi. C’est déjà ça de pris. Bientôt, ils seront prêts. Rien que cette idée me console. Non, je ne regrette rien. C’est mon petit rêve à mois, ces arbres. Mais prochainement, tout prochainement, ils deviendront le leur. Et je ne serai plus seule.
Repue de mes espoirs, je m’allonge enfin à même le sol. Et m’autorise enfin à fermer les yeux. Il fait toujours aussi chaud. Mais cela ne me préoccupe plus. Je suis déjà ailleurs.
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