Arcana Academy d'Elise Kova : une intrigue cousue de fil blanc
De prime abord, Arcana Academy d’Elise Kova annonçait quelque chose d’intéressant, une histoire évoluant au sein d’un univers d’inspiration dark academia, habitée d’une magie originale fondée sur l’usage de cartes de tarot. La quatrième de couverture était alléchante tout comme l’objet en lui-même. Je me suis donc engagée à le lire jusqu’au bout. Mal m’en a pris. Je ne compte plus les fois où j’ai soupiré de dépit et levé les yeux au ciel face à une accumulation de scènes toutes plus invraisemblables les unes que les autres. À mes yeux, ce roman a été écrit sur un coin de table, sans réelle réflexion ou prise de recul. Le tout donne un effet bancal auquel je n’ai pas cru une seule fois. Dommage. Car en soi, le scénario, s’il avait été mieux pensé, aurait pu donner quelque chose de mémorable.
On suit Clara, jeune roturière accusée d’activités illégales et libérée sans crier gare, après un an d’emprisonnement, par Kaelis, prince puîné du royaume d’Oricalis et recteur de l’Académie des Arcanes. En échange de sa libération et de sa protection, Clara va devoir aider Kaelis à mettre la main sur des cartes de tarot hautement convoitées et gardées précieusement par le roi, dans le but de recréer la carte ultime, Le Monde, capable d’exaucer n’importe quel souhait. Dès lors, Clara, pourvue d’un immense talent, doit se faire passer pour une étudiante de l’Académie et, accessoirement, pour la fiancée du prince. Tout au long de ce premier tome, Clara affronte et déjoue des séries d’obstacles, l’amenant progressivement sur les traces du Monde.
On retrouve là un peu du schéma classique popularisé par la série Harry Potter. Les différents personnages évoluent au sein d’un milieu ancien, empreint de magie mystérieuse. Chaque journée qu’ils y passent est une petite épreuve qui leur permet de se surpasser et de se distinguer. N’oublions pas non plus les quatre maisons par lesquelles chaque étudiant doit parvenir à se faire accepter. Et le danger venu de l’extérieur, qui rôde et menace de compromettre leurs destinées déjà bien réglées. Il y a donc des complots, des trahisons, des alliances, des amitiés qui se forgent et se détruisent, et de l’amour, bien entendu ! Pourtant, malgré ce cocktail littéraire sur le papier alléchant, ce roman pêche par son manque de cohérence et de crédibilité.
Le récit prend place sur une année et alterne les phases d’entrainement et d’étude avec des scènes d’action et de découvertes essentielles à l’avancement de l’intrigue, donnant très vite une impression d’empilement de scènes n’ayant pas ou peu de liens entre elles. Chaque évènement rompant avec le quotidien et la monotonie de la vie estudiantine est amené sans signe avant coureur, m’ayant fait à chaque fois penser au lapin sortant du chapeau du magicien. Le lapin est là même si j’ignore totalement comment. Ni pourquoi. Et quand par bonheur sa présence est attendue, il agit de façon totalement invraisemblable et incohérente au regard de sa nature même.
Plusieurs éléments posent ainsi question, de par leur utilité et réalisme. La nature même de l’Académie qui attire irrémédiablement et librement des jeunes adultes, pourtant avertis des risques (rien de moins que la mort ou l’esclavagisme) qu’ils encourent à vouloir y aller. La facilité qu’a Clara à s’enfuir, à fomenter des complots presque en toute liberté et à s’immiscer en secret dans des endroits étroitement gardés alors qu’elle est hautement recherchée. Ses fiançailles factices avec Kaelis qui semblent relever de la plus haute importance au point d’en faire la priorité numéro un afin d’en convaincre la sincérité aux yeux de toute la noblesse. Des révélations tombant aux moments les plus inopportuns. Et j’en passe. Si je retirais tous les dialogues ou scènes que je juge improbables et futiles, il ne resterait pas grand-chose.
Je me montre certainement très dure avec ce roman. L’âge peut-être. J’en ai vu et lu des livres de qualité variables. À force, je pardonne de moins en moins les faiblesses d’un roman qui semble avoir été écrit d’une traite sans travail manifeste de relecture. Malheureusement, il ne sera pas le dernier de ce genre. Et je déplore qu’on prenne encore la peine de publier et de traduire ces livres mal conçus.
Je ne recommande donc pas Arcana Academy d’Elise Kova. Pour moi, il s’agit là effectivement de mauvaise littérature. Il y a nettement mieux à lire ailleurs. Si vous aimez les romans de type dark academia mettant en avant des héroïnes intelligentes, courageuses et fortes, je vous conseille dès lors de lire La Disciple du Corbeau d’Antonia Hodgson, qui vaut largement le détour.
Mais en dépit de ce que je dis, qu’en avez-vous pensé ?
Ce livre m’a été offert par les éditions Bragelonne via NetGalley en échange d’une critique honnête.
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