Blackwater I, La Crue, de Michael McDowell : une saga familiale mordante, entre rires et frissons
Le premier tome de la série Blackwater, La Crue, de Michael McDowell s’est retrouvé presque par hasard sur ma pile à lire. À l’occasion de mon anniversaire, j’avais reçu un bon cadeau à utiliser presque sans modération au sein de la librairie indépendante Les Yeux Gourmands. C’était l’occasion pour moi de découvrir de nouvelles choses, de sortir (un peu) de ma zone de confort en sélectionnant des titres que je n’aurais peut-être jamais achetés s’ils n’avaient pas été mis en avant par le libraire. Le titre du livre et le nom de son auteur ne me disaient rien jusqu’à ce que je me plonge dedans et me laisse emporter par son histoire en un clin d’oeil.
Le scénario est assez simple. Perdido est une petite ville campagnarde du sud de l’Alabama, en proie de façon épisodique à des inondations violentes lors de fortes pluies. Au cours du dernier désastre, alors qu’il patrouillait à travers la ville noyée sous l’eau et la boue, Oscar Caskey rencontre et secourt la belle Elinor Dammert, qui se présente en peu de mots. Originaire de Wade, et ayant étudié à Huntingdon, elle est venue exprès à Perdido pour occuper le poste d’enseignante qui vient de se libérer au sein de leur petite école. Malgré son apparition plus que mystérieuse et son manque flagrant de références, sa prestance seule suffit pour qu’elle soit accueillie à bras ouverts par les habitants, excepté par Mary-Love, la matriarche de la famille Caskey. Elle voit d’un très mauvais oeil la venue de cette jeune femme étrange, au passé flou, qui fait cependant preuve d’une très grande retenue et intelligence. Très vite s’enclenche une guerre silencieuse mais non moins visible entre les deux femmes qui tentent par tous les moyens d’asseoir durablement leur autorité.
La Crue parle avant tout d’une famille bourgeoise et de toutes les tensions qui peuvent s’immiscer à l’occasion de l’arrivée impromptue d’un nouveau venu. Pendant presque 250 pages, le lecteur suit les tentatives de Mary-Love afin de réduire l’influence grandissante d’Elinor sur l’ensemble de sa famille, et les ripostes discrètes de cette dernière en vue de s’y tailler une place de choix. Le tout peut sembler extrêmement quelconque mais il n’en est absolument rien. Du début jusqu’à la fin, le ton se révèle incisif, mordant et drôle. On se prend d’affection pour cette famille, en particulier pour Mary-Love, qui malgré sa verve ne parvient pas à écarter sa rivale.
Mary-Love prit un soin exagéré à meubler la maison. Elle se faisait conduire une fois par semaine à Mobile pour choisir les tissus, le mobilier des salons, les tapis et le service en cristal. Elle effectuait ces achats avec un enthousiasme digne d’un condamné à mort forcé de choisir la corde pour se faire pendre. Elle ne rentrait jamais à Perdido avec plus d’un article, et encore, parfois cet achat unique était ridiculement petit. Les femmes avaient obtenu le droit de vote. Peut-être éliraient-elles une présidente avant que Mary-Love ait fini d’agencer la maison à sa convenance.
Ce récit peu banal n’est cependant pas un récit burlesque non plus. De fait, le roman tient plus de l’horreur et du fantastique que du vaudeville. Car depuis l’arrivée d’Elinor, le lecteur se demande si malgré ses frasques, Mary-Love n’aurait tout de même pas un peu raison. Perdido n’est plus cette petite ville tranquille du sud de l’Alabama. Il s’y passe dorénavant des choses inexpliquées, en apparence hasardeuses, mais qui souvent arrangent bien la famille Caskey et en particulier celle qui semble vouloir devenir sa nouvelle cheffe.
Il dénouait lentement l’amarre, savourant le sentiment d’être sorti sain et sauf de cette pénible aventure, quand il remarqua ce qu’il n’avait pas vu jusqu’alors : le soleil éclairait à présent la trace laissée par l’eau sur le papier peint. Elle se situait à plus de cinquante centimètres au-dessus du lit fait avec soin d’Elinor Dammert. Si l’eau était montée aussi haut, comment cette femme avait-elle fait pour survivre ?
Je recommande donc ce premier tome de la série Blackwater qui est une parfaite réussite. Ce mélange exquis d’humour noir et d’atmosphère macabre ravira les fans de Beetlejuice et L’Étrange Noël de monsieur Jack, lesquels, je l’ai appris plus tard, ont été tous deux scénarisés par Michael McDowell. Quant à moi, j’ai littéralement dévoré cette lecture que j’ai trouvée particulièrement délicieuse et jouissive. Voilà une saga qui promet et dont j’ai hâte de découvrir la suite !
Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
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