Évasion, de Benjamin Whitmer : un roman noir aussi brutal que poétique

Évasion, de Benjamin Whitmer : un roman noir aussi brutal que poétique


À ce jour, j’ignore encore ce qui m’a poussée à choisir en particulier Évasion de Benjamin Whitmer. L’auteur ne me disait rien ni même la notion de roman noir, n’en ayant jamais lu jusqu’ici. Ce que je sais, c’est qu’il était joliment exposé et que je me suis dit sur le moment “Pourquoi pas ?”. Et parce que pourquoi pas, je l’ai acheté et commencé à lire sans trop savoir dans quoi je m’embarquais. Mal (ou bien ?) m’en a pris. Ce roman fut à mes yeux une véritable claque. Un cocktail explosif qui m’a littéralement secouée tout le long de ma lecture. Ce fut dense, ce fut dur mais ce fut sacrément magnifique.

Ce qui est fou, c’est le scénario qui se résume en quelques lignes mais qui pourtant tient la route, sans jamais s’essouffler sur plus de quatre cents pages. C’est l’histoire d’une évasion, en pleine nuit, en pleine tempête de neige. C’est le récit d’une véritable chasse à l’homme, une plongée dans une fureur inouïe qui ne se relâchera qu’à l’aube. La narration alterne entre différents points de vue, celui de Mopar le détenu, de Jim le traqueur, de Garett et Stanley les journalistes et Dayton la hors-la-loi. Tous se cherchent et s’évitent pour des motifs différents. Leurs routes finiront par converger en un acte ultime qui ne laissera personne indemne.

Et soudain c’est fini. Un silence dur s’abat. La fumée des fusils couvre le sol comme un brouillard. Et bizarrement au coeur de cette fumée point une odeur de talc. Les étoiles tintent furieusement dans le ciel sous l’assaut du matin refusant de s’éteindre déjà.

Il n’y a donc pas d’enquête dans Évasion, aucune énigme à résoudre. Uniquement des hommes et des femmes décrits avec précision, qui tentent de survivre à cette nuit sans lune miroir exact de la société dans laquelle ils vivent. Une société brutale, laborieuse, qui ne pardonne à personne. Chaque personnage lutte, avec ses blessures et ses regrets, avec sa propre histoire douloureuse. La rencontre de toutes ces vies intenses, suintantes de désespoir, ne peut que donner lieu à une explosion de sang et de vulgarité.

Jim a l’impression qu’on vient de lui enfoncer les jambes dans la terre jusqu’aux genoux. S’il y a le moindre truc qui risque de tourner mal, il tourne mal, toujours. Si t’as une toute petite chance dans ce putain de monde, elle t’échappe avant même que tu l’aies vue venir.

Évasion c’est bien cela avant tout, une histoire de collisions qui laissent derrière elles un amoncellement de cadavres sanguinolents. Mais malgré toute cette violence, ce roman demeure profondément poétique. La plume de Benjamin Whitmer est crue et déstabilisante. Cependant, en quelques mots, il parvient à doter son récit d’une beauté à couper le souffle, qui bouleverse et fait résonner les émotions enfouies en nous. En lisant, je me suis sentie parfois écoeurée, dégoûtée mais aussi terriblement émue. Ses mots tombent juste, font à chaque fois mouche, telles les balles dont il se plaît à tirer1.

Le ciel ne s’éclaircit pas vraiment, mais on voit poindre les premières lueurs. Il y a des nuits comme ça où vous pouvez penser que le soleil ne se lèvera jamais, mais il se lève. Le jour n’est pas un phénomène que vous avez besoin d’attendre, il se produit toujours.

Je ne peux pas affirmer que j’ai aimé ce roman. Il est exigeant, extrême par certains côtés, peut-être un peu trop pour moi qui suis sensible. Je n’ai pas passé un moment divertissant. Néanmoins, cette lecture m’a beaucoup apporté. Évasion de Benjamin Whitmer est sans conteste un très bon roman. Un roman fort, qui nous rappelle le rôle premier de la littérature. Ses mots sont là pour nous étonner et nous ébranler. Nous libérer en quelque sorte, en nous montrant cruellement ce que nous avons tendance à oublier, l’amour.

Peu importe combien d’amour il y a dans le monde, cela ne suffit pas. Pas pour la paix ni la lumière ni le soulagement de la douleur. Peu importe combien d’amour il y a dans le monde, cela ne suffit pour rien du tout.

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Footnotes

  1. J’avais lu une interview très instructive à propos de l’auteur, dans laquelle il partage son grand amour pour les mots et les armes.

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