Jusqu'au plus profond des astres d'A. J. Twice : un rendez-vous manqué
Il est des livres avec qui, tout de suite, la rencontre a lieu. Quelque chose s’enclenche et voilà que les mots résonnent dans le corps et l’esprit du lecteur, racontent des choses, font sens jusqu’au bout. Et puis il y a ceux dont le lien se brise en cours de route, avec qui le face à face tourne au vinaigre. Les mots tombent à plat et ne deviennent qu’une succession d’images désincarnées. Malheureusement pour moi, le roman Jusqu’au plus profond des astres d’A. J. Twice fait partie de ceux-là. De bout en bout, il n’a été pour moi qu’ennui et frustration. Un véritable rendez-vous manqué.
Pourtant tout avait bien commencé. Le livre en lui-même est tout simplement magnifique. Une couverture intrigante, un jaspage élégant, des graphies et des illustrations alléchantes. Le résumé semblait promettre au lecteur un voyage empli d’énigmes à résoudre, de défis à relever, dans un monde original où magie et science cohabitent ensemble sans heurt. Le tout me faisait penser à certains éléments que j’avais fortement appréciés dans la série Arcane dérivée du jeu League of Legends, notamment la présence d’une académie séculaire où étudiants et professeurs complotent, en tentant désespérément de percer au grand jour les plus grands mystères de leur monde.
En entamant la première page, je m’attendais donc à de l’aventure et à de l’action. Eh bien, quelle n’a pas été ma déconvenue ! Au gré des chapitres qui défilaient (et il y en a beaucoup !), rien ne s’est passé. Rien du tout. A peine des gestes du quotidien. Tout dans ce livre se focalise sur un élément en particulier : l’émotion ressentie par l’un des personnages principaux, à la suite de la perte inexpliquée de sa compagne. Pendant 700 pages, je n’ai eu droit qu’à la déclinaison en boucle de cette tristesse qui ne passe pas, du deuil qui ne s’apaise pas, à grands coups de synonymes, de métaphores, de comparaisons et d’hyperboles.
À mesure que les secondes s’enfuyaient, le malaise de Linus grandissait. Le Scientaisiste se sentait comme en équilibre au bord d’une falaise, envahi par un vertige si aigu qu’il lui sembla ne devoir sa stabilité qu’à une concentration absolue, presque douloureuse. Il lui fallut mobiliser chaque parcelle de volonté en lui pour ne pas flancher ou ne pas vomir sur le parquet trop lisse. Dans son esprit, adresses postales et coordonnées célestes s’amalgamaient en d’improbables conjonctions, sans queue ni tête. Tout en lui se réaxait et fusionnait en un unique point de gravité.
Au lieu de lire une histoire, j’ai eu l’impression de me plonger dans un traité linguistique, une démonstration par l’absurde de la capacité que possède la langue française à réitérer sans fin sur une idée en jetant presque au hasard des mots partageant le même champ sémantique. Souvent, je me suis retrouvée à lire des passages qui ne signifiaient tout simplement rien.
Ô douces et osmotiques tortures que vos courbes altières ! Sur le sel de vos blessures s’étale la semence fruitée de l’Univers. Gardez sur vos lèvres la poussière, vestige de mes assauts répétés et sauvages. Car un jour, toutes mes prières s’évanouiront tel un mirage !
Je n’ai rien trouvé à quoi m’agripper dans ce roman. A force de sonner creux, ses mots semblent avoir perdu leur mission initiale. Ils ne racontent rien, ne démontrent rien. J’en suis ressortie la tête pleine de vent et d’ennui. Je n’ai rien appris, rien retenu, si ce n’est le fait que raconter est loin de n’être qu’une affaire de style et qu’à force de décortiquer une émotion complexe on en vient à la tuer, l’effacer derrière des mots parasites. Ce roman mériterait qu’on le dégrossisse un bon coup. Tel quel, pour moi, il ne passe pas.
Vous l’aurez compris, ce livre ne m’a pas du tout convaincue. Il n’a été qu’une immense perte de temps que je regrette fortement. Je ne peux que vous conseiller de passer votre chemin. Mais si les thèmes de perte et de deuil vous attirent, lisez plutôt La maison aux pattes de poulet de GennaRose Nethercott. Un bijou littéraire qui réussit là où A. J. Twice a échoué : à faire de la langue un véritable vecteur d’émotions, une évocation plutôt qu’une déclaration stérile.
Et pour vous qui avez déjà lu ce livre, qu’en avez-vous pensé ?
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