Miska d'Eva Martin : une fantasy engagée et prenante

Miska d'Eva Martin : une fantasy engagée et prenante


Miska d’Eva Martin est le cinquième livre que je découvre dans le cadre du jury du Prix des lecteurs des éditions Livre de Poche. Et à l’instar des autres, il ne m’a pas déçue. Pour cela, je remercie grandement ma chance de participer à l’édition 2026, laquelle m’a permis de découvrir des romans de grande qualité qui seraient, autrement, tombés sous mon radar.

On suit Dacien, capitaine d’une petite troupe de soldats vétérans dont le quotidien, jusqu’il y a peu, consistait à patrouiller en ville et à récolter des ragots pour le compte du gouverneur. Sans crier gare, les voilà soudain mis en première ligne afin de contrecarrer l’invasion inattendue d’un peuple étranger bénéficiant de pouvoirs et d’une technologie bien plus avancés que les leurs. C’est la débâcle totale. En quelques heures, les morts s’amoncellent, la ville est détruite. Il ne reste plus que la fuite. Forcé de faire profil bas, Dacien parvient néanmoins à soulever un mouvement de résistance. Alors que les actes de représaille se multiplient à l’encontre de l’envahisseur, Dacien doute de plus en plus du bien fondé de ses actions. Face à l’horreur qui se répète, il se résout finalement à chercher la manière la plus juste, la moins douloureuse, afin de sortir ses semblables d’un cycle infernal et sans fin de lutte macabre.

Les parallèles entre Miska et notre actualité sont flagrantes. On y parle essentiellement d’invasion et d’exploitations des ressources, de soumission brutale des populations autochtones. Cependant, on ne pourrait réduire le roman à une simple dénonciation de nos pratiques colonialistes. Car étonnamment, il aborde ce thème sans y apporter de jugement de valeur. C’est même tout le contraire. Au travers du regard de Dacien, le récit pose des questions fondamentales propres à toute civilisation, en particulier sur la légitimité de l’usage de la violence, et ose y entamer des pistes de réflexion sans y apporter de conclusion définitive.

Et ce qui est d’autant plus remarquable, c’est que ces considérations d’ordre éthique, qui pourraient décourager certains lecteurs averses aux longs développements abstraits, sont au contraire profondément incarnées par les nombreux protagonistes qui soutiennent le récit. De façon surprenante, Miska se révèle très terre à terre. Le lecteur est directement plongé au coeur de l’action. Il est balloté, sans temps morts, d’un évènement à un autre jusqu’à leur résolution finale. Dacien et ses compagnons sont avant tout des soldats et non des philosophes. Cela se sent. Ils agissent souvent sur des coups de tête, dans l’urgence. Mais ce sont leurs décisions qui, mises bout à bout, ouvrent la voie à des questionnements profonds.

Pour toutes ces raisons, Miska d’Eva Martin est à mes yeux un très bon roman. Il aborde des sujets sensibles sans tomber dans la caricature. L’aventure en elle-même vaut la peine qu’on la découvre. Elle est intéressante et pleine de rebondissements. Tout dans ce livre est narré avec justesse. On y prend plaisir du début jusqu’à la fin. Et c’est cela, plus que tout, qui importe.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

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