Le palais des géants de Manon Fargetton : un final lumineux et libérateur
Le palais des géants est le dernier tome du Cycle des secrets de Manon Fargetton. À l’instar des précédents, ce roman a été très agréable à lire. Il amène une magnifique conclusion à tout ce qui avait été amorcé depuis le début. Chaque personnage parvient d’une façon ou d’une autre à un certain équilibre au sein de son existence, à opter librement pour des choix de vie qui, ils l’espèrent, leur apporteront une profonde satisfaction. Moi-même, j’ai été plus que satisfaite de cette saga, qui m’a montré de nouvelles façons de voir les choses qui m’entourent. J’ai aimé les questions qu’elle pose et les différentes réponses qu’elle apporte.
Alors que Lora lutte pour sa survie tout en cherchant à affaiblir Equinoxe, cette dernière, poussée par l’urgence, consacre toute son énergie à lever le voile sur les mystères fortement gardés par les nomades de hauts plateaux. Elle se découvre une alliée inattendue, Myst l’espionne du roi, persuadée que soutenir la mage est finalement la meilleure façon de sauver Aletheia, prise subitement d’assaut par des créatures venues des fonds marins. Le lecteur retrouve tous les personnages dont il suit les aventures depuis le début. Chacun suit ses objectifs qui s’entrecroisent, se sabotent parfois, se soutiennent aussi, jusqu’à leur résolution finale.
Avec le recul, je me rends compte de toutes les bonnes idées qui sous-tendent l’ensemble du récit. La plus importante est sans conteste ce besoin de liberté qui se révèle être le moteur principal des actions des personnages. Parce que leur caste, leur cité-état, leur monde, tous ceux qui leur sont chers sont menacés, ils osent prendre des voies originales, parfois même répréhensibles, qui finissent par bousculer l’ordre établi et élargir leurs horizons. Cette liberté ne s’acquiert cependant pas sans heurt : Manon Fargetton montre que quiconque la désire doit vivre des épisodes douloureux, des pertes, des trahisons, des doutes. Pendant trois tomes, nos héros se sont rencontrés, disputés, combattus, avant de se réconcilier et d’accepter d’oeuvrer ensemble. Et si la violence est parfois nécessaire, jamais le lecteur ne la ressent comme légitime : au final, ce qui aide nos héros à s’extirper de tout ce qui les menace réside dans la confiance et l’entraide que chacun est prêt à accorder à l’autre.
“Durant son interminable vie, Equinoxe avait tué sans remords. Mais la boucherie de ces derniers jours fendillait son armure. Elle venait d’assassiner tous ceux qui lui avaient fait confiance ces vingt dernières années, tous ceux qui l’avaient considérée comme une protectrice. Une amie. Et aujourd’hui, par sa simple présence, Myrtis l’obligeait à redevenir humaine. À laisser tomber l’armure pour de bon. Equinoxe s’y accrochait. Elle n’avait jamais vécu sans. Ne savait pas comment faire.”
Alors que le roman s’entamait sur un arrière-fond annonciateur de catastrophe imminente, Le palais des géants se termine sur une note d’espoir. Tout n’est pas résolu, loin de là. Mais au sein de leur société rigide, où remettre en cause les acquis est parfois douloureux, et qui fait étrangement écho à la nôtre, nos amis découvrent en eux-mêmes les ressources nécessaires pour briser leurs carcans, devenir maîtres d’eux-mêmes et oser construire l’avenir qu’ils se destinent.
“Aujourd’hui, murmura-t-elle, notre histoire n’était pas possible. J’espère qu’un jour, à Aletheia, un amour semblable sera vécu au grand jour. C’est Aletheia que je veux construire. Ça prendra des décennies. Peut-être que je ne verrai pas le résultat de mes efforts. Alors d’autres les poursuivront. D’autres qui seront nés d’un amour si grand qu’ils le défendront quoi qu’il arrive.”
J’ai trouvé ce message très beau et très juste, encourageant même malgré une certaine noirceur. Il est habilement mené, nourri d’images d’un monde très riche et bien construit, emporté par une plume immersive et un rythme soutenu. Aletheia, avec son histoire et ses légendes, et malgré ses travers et ses injustices, subjugue. Comme Zigante qui ne peut se résoudre à rester éloigné de cette cité, on s’y attache.
“L’ironie de la situation lui arracha un rire sans joie. Lui qui avait tant cherché à fuir Aletheia mettait aujourd’hui toute son énergie à y rester.”
Je ressors ravie de la lecture de cette trilogie. Nourrie aussi, habitée de nouvelles idées, d’un nouvel élan qui durera, je l’espère, encore bien après la dernière page tournée.
Le Cycle des secrets de Manon Fargetton est donc une trilogie que je recommande. Avant tout pour son histoire originale. Mais également pour tous ses messages résolument modernes et humanistes qui résonnent en filigrane de ce récit haletant.
Et vous, qu’en avez-vous pensé ?
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