Peau d'âme d'Aude Ziegelmeyer : une duologie imparfaite mais attachante
N’ayant lu aucune critique à son sujet au préalable, je n’attendais pas grand chose de la duologie Peau d’âme d’Aude Ziegelmeyer : Les Lilas du Roi et Les Braises de la reine. J’avais simplement été attirée par les couvertures et les belles illustrations, faisant des deux livres de très beaux objets. Et puis le titre m’intriguait aussi. Il promettait une réécriture d’un conte que je ne connaissais que dans les grandes lignes mais que j’étais curieuse de découvrir. Je me suis donc lancée dans cette lecture, presque les yeux fermés, sans véritable attente. Et malgré des défauts évidents, j’ai été surprise d’apprécier ces deux romans. Sans arriver à la cheville d’un Nettle & Bone, perçu également comme une réécriture moderne des contes de fées mais dont le travail de narration est plus abouti, il reste qu’ils forment un tout cohérent et parviennent à leur façon à proposer une vision résolument originale du genre.
A l’aide des artifices propres à ce dernier (baguettes magiques, dons de fée, transformations, etc), l’autrice nous donne à voir ici un récit presque initiatique où les personnages apprennent à s’émanciper de leurs conditions préliminaires, souvent par des voies étonnantes. C’est notamment le cas du personnage principal, Blanche. De simple princesse essentiellement valorisée pour sa beauté, elle entame une transformation fulgurante (littéralement !), qui lui permet de s’imposer en tant qu’individu à part entière. Cette dernière ne se définit plus par les attentes et la vision des autres mais par celles qu’elle aura durement acquises durant son périple. Ainsi à une épopée visant à sauver le royaume de Roncevaux se superposent plusieurs quêtes personnelles correspondant chacune à un personnage particulier, Blanche, Margot, Roland et Cendre, et au bout desquelles ils recouvrent tous, à leur manière, une certaine forme de libération. Là où au début ils avaient besoin des autres pour se définir, exister, nos quatre héros finissent par vivre uniquement par et pour eux-mêmes. Il s’agit là d’un très beau message qui, plus que tout le reste, m’a séduite et convaincue de lire l’histoire jusqu’au bout.
« Mais, lorsqu’elle le découvrit enfin […] la fille comprit que ce n’était pas ce dont elle avait réellement besoin. Pas ce pour quoi elle avait tant voyagé. Car, en vérité, qu’importe un nom que personne n’appelle ? Qu’importe une voix si personne ne l’écoute ? Et la fille possédait déjà tout cela. Un nom, une voix, et des compagnons qui l’appelaient et qui l’écoutaient. »
Car soyons honnête, même si l’intention de l’autrice est intéressante et originale, son récit souffre de nombreuses faiblesses. Le contexte géopolitique, d’abord, demeure assez simple. Durant deux tomes, il est fait maintes fois référence à des complots et à des ingérences perpétrées par des fées au sein des différents royaumes. Pourtant, au tournant de la dernière page, le lecteur n’est pas plus avancé qu’au départ sur cette question. On ignore encore, ou de manière assez vague et simpliste, qui sont les vrais méchants de l’histoire, ceux qui ont provoqué la chute du Roncevaux, et les raisons qui les ont poussés à agir de la sorte. Il y a comme un goût de trop peu qui dérange légèrement. Et puis le traitement des personnages est assez inégal. Blanche est clairement le personnage principal mais visiblement elle occupe une place à part égale au sein d’un quatuor qui peine malheureusement à s’affirmer. On en sait peu au final sur la personnalité de Margot qui pourtant joue un rôle très important. Elle aurait mérité davantage de place au même titre que sa cousine. Pareil pour leurs autres compagnons de voyage, Roland et Cendre.
Enfin, le travail d’écriture proprement dit souffre également d’inégalités. Dans l’ensemble, le tout se lit très agréablement. Le récit ne s’embarrasse pas (du moins pas trop) de figures de style pompeuses et alambiquées. Il demeure la plupart du temps simple et efficace, au service des images et des actions qu’il souhaite partager. Seulement, à quelques reprises, le lecteur pressent une volonté de jouer avec les tons, les origines sociales contenues dans certaines tournures langagières, dans le but de donner davantage d’épaisseur et de réalisme à certains personnages, dont Roland, chevalier fils de lavandière. Malheureusement, je n’ai pas trouvé cela réussi. Roland, censé être un peu rustre, manquant d’éducation aristocratique, s’exprime justement comme un noble qui aurait oublié uniquement comment fonctionne la négation. Ce qui ne passe pas très bien à la lecture. Comme si le récit hésitait constamment à plonger totalement dans le jargon populaire, le voulant et le refusant tout à la fois. Le récit en ressort parfois balbutiant, maladroit, ce qui est fort dommage.
Toutefois, comme dit en introduction, cette duologie reste très agréable et intéressante à lire, malgré ses différents points négatifs. La vision qu’elle propose, le message qu’elle véhicule sont suffisamment bien construits pour qu’on y prenne plaisir. Peut-être que ces livres parleront moins à des adultes déjà sûrs d’eux-mêmes, confiants en ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent. Mais avant tout adressés aux adolescents, ils trouveront bien parmi eux une large résonance. Certains d’entre eux, qui vivent des moments de confusion, de crainte par rapport à leur avenir, pourront y trouver du réconfort et peut-être des exemples à suivre.
Et vous qui avez déjà lu Peau d’âme, qu’en avez-vous pensé ?
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