Le Sabre de Neige de Salomé Han : belle surprise malgré mes hésitations
Après bien des hésitations, j’ai enfin terminé la lecture du Sabre de Neige de Salomé Han, reçu dans le cadre du jury du Prix des lecteurs des éditions Livre de Poche. En soi, le livre avait tout pour m’attirer : une magnifique couverture et un résumé alléchant. Mais j’avais eu la mauvaise idée d’en lire quelques critiques avant de commencer, qui m’ont laissée indécise. Au final, je ne regrette pas du tout cette lecture que j’ai trouvée plus que satisfaisante.
De mon point de vue, ce premier roman de Salomé Han est très bon. Le scénario est cohérent, bien ficelé de bout en bout. Bien que consistant (le livre fait plus de 600 pages), je ne me suis pas ennuyée une seule fois. Tout s’enchaine de manière fluide. Je n’ai ressenti aucune lenteur, aucun élément qui ne serait pas à sa place, de trop, ou manquant. L’écriture de l’autrice est efficace et parvient sans trop d’effort à faire émerger dans l’esprit du lecteur de belles images d’un japon médiéval fantastique.
On y suit principalement Isao, jeune sabreur, qui a passé sa jeunesse auprès du célèbre porteur du Sabre de Neige, une arme divine aux pouvoirs déconcertants. Seulement, un concours de circonstances va les forcer à quitter leur ermitage et à prendre des chemins différents. Perdu dans un monde d’hommes parmi lesquels il n’a pas appris à vivre, Isao va accumuler les rencontres et les péripéties afin de retrouver son maître qui lui est cher. C’est l’occasion pour Isao de prouver sa valeur et de montrer à quel point il est digne de celui que l’on surnomme le Héron Blanc.
Contrairement à ce que j’ai pu lire parfois, il ne s’agit nullement ici d’une dark romance. Certes, les premières pages peuvent prêter à confusion, révélant une forme d’attirance asymétrique entre le disciple et son maître. Pourtant très vite, cette idylle est balayée au profit de la quête d’Isao, qui tient lieu davantage du périple initiatique qu’autre chose. Un périple qui se révèle rapidement violent.
C’est cela qui m’a frappé tout du long, cette violence omniprésente à tous les niveaux du récit. Isao sort à peine vainqueur d’un conflit qu’il est rattrapé par un ennemi plus grand et plus fort que lui. Les évènements s’enchainent sans répit pour lui jusqu’à leur résolution finale. C’est particulier et il faut parfois s’accrocher. Moi-même, j’ai eu un peu de mal à la lecture de certains passages, ayant l’impression de m’immerger dans une sorte de fascination morbide totalement gratuite. Pourtant, comme dit plus haut, rien n’est laissé au hasard dans ce roman. Et ce que je qualifiais parfois de trop durant ma lecture s’est révélé nécessaire et parfaitement juste.
Presque paradoxalement, j’ai trouvé cette histoire magnifique où les dernières pages viennent éclairer d’un nouveau jour l’ensemble du récit. Au final, il ne s’agit pas uniquement d’une succession de combats plus violents les uns que les autres ni de manipulations machiavéliques en vue de tirer le meilleurs parti pour soi. On y trouve aussi une certaine sagesse, du courage, celui de vouloir s’incliner face à une nouvelle ère et de préparer la suite pour un mieux, même si cela fait mal.
“Il avait aimé, il avait haï. Mais il savait que cela tomberait dans l’oubli tandis que son âme entière se dévouerait à cette ligne unique et solitaire, tordue vers les cieux. La ligne de la rupture et du commencement. Le trait noir du pinceau sur le papier immaculé. le souffle acéré du vent sur la courbe de la montagne.”
A mes yeux, ce roman pose des questions fondamentales et y répond à sa manière. Mais au delà de ces considérations philosophiques, qui peuvent en interpeller certains et d’autres non, le Sabre de Neige reste une très bonne aventure à lire. Si vous avez aimé suivre les péripéties de Kenshin le vagabond ou de Musashi, nulle doute que vous y trouverez votre compte. C’est un livre que je vous recommande donc, à mettre cependant entre les mains d’un public averti.
Et vous qui avez lu ce livre, qu’en avez-vous pensé ?
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