Warrior Princess Assassin de Brigid Kemmerer : un bon livre érotique déguisé en fantasy
J’ai reçu Warrior Princess Assassin de Brigid Kemmerer à l’occasion de mon anniversaire. J’en ai profité d’être partie en festival pour le lire d’une traite, histoire de me changer les idées et de me détendre en attendant le début des spectacles. Sur le moment, j’ai passé un très bon moment à lire ce livre. Avec le recul cependant, j’en ressors pleine d’interrogations et prise d’un certain malaise.
En soi, l’histoire n’a rien d’original. On suit Jory, forcée d’épouser le roi du royaume voisin, afin de profiter de ses connaissances militaires et de contrer ainsi les menaces du peuple Draegonis. De son côté, Ky, le roi d’Incendar lutte pour la survie de son peuple, affamé suite à la destruction répétée de ses champs par des incendies dont on ignore la cause. Cette alliance est plus que la bienvenue et il espère ainsi bénéficier de la magie puissante du roi d’Astranza, capable de relancer son agriculture. Et puis, il y a Asher, meilleur ami (et amoureux) de Jory, ancien esclave et désormais mercenaire, qui se retrouve du jour au lendemain mandaté d’une nouvelle mission dont la teneur consiste tout simplement à assassiner le roi d’Incendar et la femme qu’il aime. Le voilà face à un dilemme : tuer ou se faire tuer s’il n’accomplit pas sa tâche jusqu’au bout. Asher décide alors de fuir, avec Jory bien entendu, et Ky, à la demande de celle-ci qui cherche à préserver coûte que coûte leur alliance.
Le roman n’est rien de moins que le récit d’un triangle amoureux. Il n’a de fantasy que l’étiquette. Bien sûr, il y est fait mention de magie, de complots, de guerre imminente. Mais au final, tout cela est traité de façon légère, superficielle presque. L’autrice ne s’attarde que très peu sur son propre monde au profit du développement de la relation amoureuse entre ses trois protagonistes principaux. Et c’est cela plus que tout qui me pose question. Alors que dès le départ, le ton d’urgence est donné - les personnages tentent de fuir une menace inconnue -, ces derniers trouvent quand même le temps de s’adonner à des jeux de séduction et sexuels particulièrement “spicy”. Ce décalage par rapport à l’atmosphère ambiante, faite principalement d’incertitudes et de sensation de danger imminent, m’a fortement donné l’impression d’assister à une performance pornographique, du genre de celles réalisées par des femmes (je pense tout de suite à Erika Lust) pour un public essentiellement féminin désireux d’enrober le sexe autour d’un peu d’intrigue.
Loin de moi l’idée de porter un jugement de valeur sur le porno ici, qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Ce que je souhaite avant tout soulever, c’est que ce roman, aussi agréable qu’il a pu l’être à lire, ne dit pas clairement ce qu’il est vraiment, à savoir un livre érotique à contenu fort explicite, qui a davantage sa place dans un rayon autre que celui consacré à l’imaginaire, où n’importe qui peut tomber dessus et l’acheter. Certes, on peut trouver un petit avertissement sur la première page du livre mais selon moi, il peut se révéler parfois trompeur. Ce roman en est un exemple. Il mentionne la présence de quelques scènes explicites, alors que le récit est traversé depuis les premières pages jusqu’au dernier chapitre d’une tension sexuelle qu’on ne peut décemment considérer comme anecdotique. Au contraire, elle est le noyau de l’histoire, son principal attrait, au sein d’un monde magique à peine consistant.
D’où mon malaise. À mes yeux, l’étiquette de fantasy qu’on colle à ce roman et à plein d’autres tend à banaliser voire effacer une pratique qui ne devrait pas l’être. Le sexe c’est bien mais il devrait être montré et assumé tel quel. Car cela peut avoir un impact sur l’imaginaire des lecteurs et la façon dont ils envisagent et désirent leurs propres pratiques. De nouveau, cela n’est pas une mauvaise chose. Mais balancer ce genre de littérature au plus grand nombre sans contrôle l’est assurément. Le porno peut faire du bien comme des ravages. Il en est de même pour ce genre de texte. Attention, mon propos n’est pas de dire qu’il faudrait interdire ce genre de livres aux plus jeunes. Mais je trouve préoccupant le fait qu’un(e) ado de 14 ans puisse littéralement acheter un livre à contenu pornographique sans qu’aucun avertissement clair ne l’en informe.
De mon point de vue, Warrior Princess Assassin est donc un très mauvais livre de fantasy. Par contre il est un bon livre érotique. Il m’a plu, c’est certain. J’ai aimé faire la connaissance de Jory, Ky et Asher, et apprécié la façon dont leur attirance mutuelle s’est développée tout au long du livre. Tout est amené avec justesse, sans vulgarité. Moi qui me pensais blasée, j’ai apprécié chaque scène de sexe. Je recommande ce livre à tous ceux qui sont en recherche d’érotisme légèrement piquant. Cependant aux amateurs d’aventures et de mondes imaginaires complexes, je dirais de passer votre tour. Vous n’y trouverez rien à vous mettre sous la dent.
Et vous qui l’avez déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?
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