Trilogie d'une nuit d'hiver


Il m’est difficile de rendre compte fidèlement de la Trilogie d’une nuit d’hiver de Katherine Arden, tellement elle résonne encore en moi. C’est pour vous dire à quel point cette lecture m’a subjuguée et transportée. J’ai littéralement dévoré ces trois tomes et en ai apprécié chaque passage, malgré, parfois, ses longueurs.

L’histoire en elle-même est magnifique. Nous suivons Vassia, depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Depuis le début, elle se présente comme une petite fille atypique, aux marges de sa communauté, courageuse, indépendante, intrépide. Des traits de caractères très peu compatibles au sein d’une société médiévale où la place de la femme demeure au foyer et non dans la forêt. Que cela ne tienne, Vassia ne se laisse pas faire et on la voit peu à peu acquérir avec zèle, et avec douleur aussi, cette liberté qui lui tient tant à coeur. Mais au-delà de la révolte de cette jeune fille face aux aléas de son temps, il y a aussi celle d’un jeune pays qui lutte, avec ses princes et ses prêtres, afin de se libérer de son propre joug et d’affirmer son identité. Nous y retrouvons des complots et des batailles, contre les envahisseurs mongols mais également contre l’ancien monde, tel que raconté par les contes d’autrefois et habité par des créatures mystérieuses.

Il y a donc dans cette trilogie un peu du récit d’apprentissage, de la grande fresque historique mais aussi du mythe. Il y est question de la construction de la jeune Russie, du combat entre les anciennes superstitions et le christianisme naissant, mais pas seulement. On y parle avant tout de l’homme face aux grandes forces de la Mort et du Chaos, face à ses choix qui façonnent sa destinée et celle des autres. C’est très beau. Et le tout est porté par une plume pleine de poésie, qui nous plonge d’emblée dans des contrées emplies de lacs gelés et de forêts enneigées. Une immersion réussie, à tel point qu’on se retrouve à frissonner avec les personnages, de froid, de peur, d’appréhension, de joie.

Je pourrais dire encore bien des choses au sujet de cette trilogie. Mais je préfère en rester là et vous laisser le loisir de la découvrir par vous-même, de la déguster comme j’ai pu la savourer moi-même. J’espère cependant que le peu que j’en ai dit vous aura donné envie de découvrir ces trois excellents romans : L’Ours et le Rossignol, La fille dans la tour, L’hiver de la sorcière.

Je vous laisse, en compagnie de quelques citations qui m’ont séduites et qui me parlent encore.

“Les choses sont ou elles ne sont pas, Vassia, l’avait-il interrompue. Si tu désires une chose, cela signifie que tu ne l’as pas, ce qui signifie que tu ne crois pas qu’elle est là, ce qui signifie qu’elle ne sera jamais là. Le feu est ou n’est pas. Ce que tu appelles la magie est seulement le fait de ne pas permettre au monde d’être autrement que tel qu’on le désire.”

“Un jour, je mourrai, dit doucement Vassia en laissant retomber sa main. Je rejoindrai les ténèbres, j’irai dans la forêt entre les mondes vers laquelle votre frère guide les morts. Mais je serai toujours moi-même. Même dans la folie, je ne vous appartiendrai jamais. Même dans la mort, je ne lui appartiendrai jamais.”

“J’ai parcouru l’obscurité en essayant de sauver ceux qui avaient besoin de moi. J’ai fait le bien et j’ai fait le mal, mais je ne suis devenue ni l’un ni l’autre. Je ne suis que moi-même. Vous ne m’accablerez pas de honte, Morozko.”

Alors, cela vous tente ?

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