Protectorats
Quelques heures avant de partir à la montagne, j’ai terminé la lecture de Protectorats de Ray Nayler. J’ai reçu ce livre dans le cadre de ma participation au jury du Prix des Lecteurs 2026. Et bien, en un mot, je n’ai pas été déçue. Pourtant, il m’a fallu quelque temps avant d’ouvrir enfin la première page. Car au lieu d’un roman, il s’agit ici d’un recueil de nouvelles. Et je dois avouer que je suis loin d’être familière avec ce type de récit. Je pense pouvoir compter sur les doigts d’une main le nombre de recueils de nouvelles que j’ai pu lire dans ma vie. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que j’ai entamé ma lecture. Mais très vite je me suis laissée emporter par la plume de l’auteur et c’est avec un enchantement certain que j’ai tourné la dernière page.
Car ce recueil de nouvelles se lit comme un roman. Toutes prennent place dans le même univers, la même temporalité. Mis ensemble, les différents récits forment un tout cohérent pour ne pas dire complet, traversé du même fil rouge. Chacun aborde a sa façon les mêmes thématiques à savoir la mémoire collective et individuelle, le deuil de ce qui a été et ne sera plus, l’acceptation de son passé. Il s’agit clairement de nouvelles de science-fiction. On y parle bien entendu de conquête spatiale, de préservation de l’espèce humaine, de robots. Mais curieusement, tout demeure à un niveau familier voire intime. Ce que vivent les différents personnages que l’on découvre pourrait nous arriver aussi. En fin de compte, la technologie ici n’est qu’une façon de nous amener, nous lecteurs, à nous interroger sur nous-mêmes, sur nos propres motivations et désirs, sur ce que nous voulons être.
Je suis ressortie un peu transformée de cette lecture. Chamboulée aussi. Chaque nouvelle a su éveiller en moi des émotions que je n’avais plus ressenties depuis longtemps à la lecture d’un roman, ou plus aussi fort. J’ai trouvé la plume de Ray Nayler magnifique. En quelques mots, il parvient à suggérer des images puissantes et immersives. Et contrairement à d’autres récits de SF que j’ai pu lire auparavant (par exemple Neuromancien) les termes techniques ne m’ont pas rebutée, bien au contraire. Les phrases s’enchainent avec fluidité. Au final, tout ce que j’ai eu à faire a été de me laisser porter et de profiter.
“C’est peut-être ce mélange déraisonnable de sentiments qui constitue la racine de la conscience, dis-je à Derya en suivant à haute voix le fil de mes idées. Ce n’est pas le fait de penser, ou de traiter des informations, mais ces étranges boucles de réactivité qui déforment la réalité et qui nous hantent, qui nous tirent du présent pour nous pousser vers le passé ou l’avenir.”
Ainsi donc, ce fut une très bonne découverte. Et je remercie ma chance de participer au jury de cette année. Sans cela, je ne pense pas que j’aurais lu de moi-même ce recueil, ce qui aurait été bien dommage. Car il mérite grandement qu’on s’y attarde !
Et vous, qu’en avez-vous pensé ?
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