La traversée


Il fait déjà trop chaud. Le vent me picote les yeux. Le sable s’agite et rend difficile mon avancée. La sueur dégouline sur mes joues. On dirait que je pleure. C’est peut-être vrai, tellement j’ai mal, tellement je suis triste aussi. J’ai mal aux jambes, mal au dos, mal au coeur. Cela fait trois jours que mon frère est parti. Je n’y tiens plus. Il faut que je le retrouve, que je le convainque de rentrer à la maison. Nous en avons tous besoin. Alors je serre les dents et avance encore un peu. Chaque pas m’arrache une grimace. Il fait vraiment trop chaud. Le vent souffle trop fort. Il n’y a pas d’ombre, pas d’eau, rien que cette immense étendue de sable. Et le soleil. Lui seul témoin de mon désarroi. Si je le pouvais, je me ferais pousser des ailes. Cela serait tellement plus facile. Mais non ! Il a fallu que le hasard me dote de cette stupide main verte. Des racines, voilà tout ce que je sais faire. Faire pousser des racines. Les faire émerger du sol, les entortiller ensemble. Construire des ponts et des tours de bois rigides. Si seulement ces racines pouvaient m’emporter vers lui, vers un monde meilleur, vers une autre destinée. Mais non.

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