Le Voleur de la Reine de Megan Whalen Turner : un jeu de dupes jubilatoire
Le Voleur de la Reine de Megan Whalen Turner est une saga composée de six tomes, dont trois seulement ont été jusqu’ici traduits en français. En attendant de me procurer le troisième opus, qui est sorti tout récemment, je vous partage déjà mon ressenti vis-à-vis de la lecture des deux premiers tomes : Le Voleur et La Reine d’Attolie. En un mot, ce fut incroyable ! Je crois que depuis Le Royaume de Pierre d’Angle, je n’ai jamais lu une suite de livres aussi vite. Tout y est pour offrir au lecteur une expérience inoubliable.
Il y a d’abord l’objet livre lui-même qui vaut le détour, avec sa magnifique couverture, sa reliure et la qualité de son papier qui ne sont pas sans rappeler les beaux ouvrages de la Pléiade. Rien qu’à le tenir en main, l’on se sent déjà tomber dans un autre monde. Et puis, il y a l’histoire.
Megan Whalen Turner ne s’embarrasse pas de fioritures. Elle va droit à l’essentiel. Dès les premières lignes, nous sommes plongés dans l’action. Nous découvrons Gen, jeune homme qui se vante d’être le meilleur voleur jamais connu, que rien ne peut entraver, mais qui pourtant se retrouve en prison dont il peine à sortir. C’est finalement le Mage du Roi de Sounis qui le libère en échange d’un service : se rendre clandestinement ensemble en Attolie (royaume voisin aux relations diplomatiques houleuses) et dénicher une antique relique dans le but de forcer la reine d’Eddis (autre petit royaume voisin à la position stratégique) à s’allier à Sounis. N’ayant pas vraiment le choix, Gen s’embarque dans cette aventure risquée aux allures de quête chimérique.
D’emblée, ce qui m’a frappé est la qualité du scénario. Si le premier tome de cette saga commence plutôt simplement, sous la forme d’une quête qui fait irrémédiablement penser à la Communauté de l’Anneau, il s’en écarte très vite pour tomber dans un jeu de dupes et de faux-semblants où les révélations et les retournements de situation s’enchainent à bâton rompu jusqu’à donner le tournis. En lisant ces deux premiers livres, je me serais presque cru à une partie du jeu Mascarade de Bruno Faidutti. Rien n’est posé pour acquis, tout peut être chamboulé, retourné, inversé à tout moment. Pour autant, l’ensemble demeure extrêmement cohérent. Tout est amené par petites touches inoffensives, sans crier gare, si bien qu’au moment voulu, le lecteur se laisse surprendre alors que tous les indices étaient déjà présents.
Ce rythme effréné est néanmoins contrebalancé par des phases plus douces où l’autrice prend le temps de nous décrire son monde par le biais de descriptions et de mythes qui réveillent en nous le souvenir lointain de la Méditerranée antique. Aussi, le récit est ponctué de dialogues délicieux entre les personnages qui passent beaucoup de temps à se chamailler. Le ton utilisé, incisif, presque ironique parfois, n’est pas sans rappeler la plume de Pascale Quiviger.
Ainsi, par un style épuré mais non moins efficace, Megan Whalen Turner nous dévoile progressivement un monde riche, chaotique cependant, où les uns et les autres tentent de tirer leur épingle du jeu face à des enjeux politiques qui les dépassent. Jamais un roman n’a été aussi peu manichéen. On s’attache à tous les personnages, malgré leurs nombreux défauts. On les comprend. Et à notre tour, on leur souhaite de réussir dans ce qu’ils entreprennent.
À mes yeux, Le Voleur de la Reine se révèle être un petit bijou de littérature jeunesse que je recommande à tous. On y passe un très bon moment. On rit, on sent battre son coeur aux moments les plus opportuns. Une fois la dernière page du livre tournée, on en redemande, pressé de savoir ce que deviendra tout ce beau monde. Heureusement quatre tomes nous attendent encore !
Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
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